15/03/2009

Chronologie de l'ancienne abbaye

L'Histoire de cette abbaye détruite et restaurée plusieurs fois, déplacée deux fois, est mal connue. Les trois étapes principales sont : 

1) 7e siècle (663 ? 670 ?) : fondation du 1er monastère de Bonmoûtier sur le site actuel de Val-et-Châtillon ( à 3 km en contrebas du futur Saint-Sauveur). 

croix mystique compactéeCe monastère, au Nord, formait sur la carte la "Sainte Croix des
Vosges
" avec les monastères contemporains de Senones-Moyenmoutier-Etival ("Trois Abbayes" ) et Saint-Dié au Sud.

 

 

 

 

C'était un couvent de femmes fondé par Leudin Bodon qui lui donna son nom (Bonmoutier = Bodonis monasterium), tout comme à Badonviller et au faubourg de Nancy nommé Boudonville, ancêtre du village de St Dizier rasé lors de la construction de l'enceinte fortifiée de Nancy sous le Duc Charles III (fin 16e siècle), dont il ne resta que le faubourg des Trois Maisons et dont on relogea les habitants dans la rue qui garda le nom du village détruit : la rue St Dizier.

Bodon,  17e évêque de Toul,  installa le couvent dans une ancienne métairie, qui resta une ferme après le déplacement du monastère à Saint-Sauveur. Il nomma sa fille Thietberge comme première abbesse. Le couvent devait suivre la règle irlandaise de St Colomban (fondateur de Luxeuil).

Bonmoûtier devint monastère d'hommes et passa à la règle bénédictine au 9e siècle (817 concile d'Aix au plus tôt; 912 au plus tard). Il est cité dans les différents partages entre les descendants de Charlemagne.

912 Bonmoûtier est cité dans un "diplôme" de Charles-le-Simple roi de Francie occidentale (petit-fils de Charles le Chauve, lui même petit-fils de Charlemagne). Il atteste la présence de moines et non plus de religieuses.

L'évêque de Toul Etienne, de la famille des Folmar de Lunéville (comtes de Lunéville-Metz), y mourut le 20 décembre 995. Mais on l'enterra à Moyenmoûtier. Berthold, originaire de Souabe (?) lui succèda.

1002 : Ulrich de Turquestein, sire de Blâmont, est nommé "voué" (advocatus) de Bonmoûtier par l'évêque de Toul, Berthold, futur fondateur de St Sauveur. Son fils Gérard lui succède ensuite comme avoué de Saint-Sauveur.

2) 1010:fondation de Saint-Sauveur. Transfert de Bonmoûtier "in clivo montis" (sur la pente d'un mont) tout proche. Plus près de Dieu ? Le nouveau monastère conserve le patrimoine foncier de l'ancien Bonmoutier, appartenant à l'évêché de Toul. Mais  Berthold, 36e évêque de Toul, l'auteur de ce transfert et de cette fondation, y ajoute des dons sur son propre patrimoine, que Saint-Sauveur possèdera en propre. Toutefois Saint-sauveur passa au temporel de Metz au cours du 13e siècle(1286), tout en restant dans le spirituel de Toul.

Rappel : 1010, c'est 23 ans après l'avènement de Hugues Capet, sous le règne de son fils Henri Ier le Pieux; c'est 85 ans avant le départ de la 1ere croisade, 56 ans avant la conquête normande de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, 130 ans avant la fondation de l'abbaye cistercienne voisine, Haute-Seille (sortie de Cirey vers Blamont).

Le monastère de Saint-Sauveur est dit "plus ancien même que le duché de Lorraine" dans un acte notarié du 18e siècle (car fondé en 1010 alors que le premier Duc de la Maison de Lorraine ne l'est qu'en  1047 si l'on excepte la précédente dynastie "ardennaise" des Bar-Verdun).

Il compte une vingtaine de moines.

1019 : mort de Berthold, évêque de Toul, fondateur de St Sauveur et donateur de son patrimoine personnel (ainsi les possessions de St Sauveur seront pour partie indépendantes de l'évêché). Bruno de Dabo-Eguisheim, futur évêque de Toul et pape sous le nom de (St) Leon IX, fit ses études à l'école episcopale deToul du temps où Bertholde en était l'évêque. Berthold est qualifié de "nutritor" (père nourricier) de Léon IX.

1051 : le pape Leon IX, toujours évêque de Toul, serait passé à St Sauveur dans le cadre de ses visites épiscopales (cf: Henri Lepage, statistiques de la Meurthe).

1135-38 : siège de Pierre-Percée par Renaud de Bar et Etienne évêque de Metz, les frêres d'Agnès de Bar, veuve du comte Godefroy de Langenstein, épouse de hermann II de Salm. Edification de fortifications à Damegalle et la Roche des Corbeaux pour ce siège. St Sauveur recevra la chapelle de Pierre-Percée en don d'Agnès.

1138 : l'abbaye reçoit un don considérable de la comtesse Agnès de Bar, veuve du comte de Langenstein (Pierre-Percée), à la mémoire duquel elle fonde des messes perpétuelles ainsi qu'à la mémoire de son fils Guillaume enterré à Saint-Sauveur ou à Raon-lez-leau (vallée de la Plaine, au pied du Donon). Elle donne en particulier toutes les forêts jusqu'au lieu dit Loudamont (="Les deux Donons"?).

Des bornes du 18e siècle ont été retrouvées dans ce secteur. Elles portent la sculpture des 2 "S" de Saint-Sauveur séparées par une crosse abbatiale (voir un futur article du journal "L'essor" de Schirmeck ).

1140 la comtesse Agnès fonde l'abbaye cistercienne de Haute-Seille (sortie de Cirey vers Blâmont) mais est-elle la même que la bienfaitrice de Saint-Sauveur ou bien sa fille dotée du même prénom ? Il est possible que St Sauveur ait servi de nécropole aux Langenstein (Pierre-Percée) correspondant au premier mariage d'Agnès de Bar ( la mère) et que Haute-Seille ait servi aux Salm (2e mariage d'Agnès dont serait issue sa fille, Agnès aussi, désireuse d'honorer ses ancêtres les Salm ). Car dans la charte de fondation de Haute-Seille la comtesse Agnès parle de "ses ancêtres les Salm". Seule la fille pouvait s'exprimer ainsi.

1176 consécration de l'abbaye voisine (et rivale) cistercienne de Haute-Seille par l'évêque de Toul Pierre de Brixey. Un conflit financier et territorial éclate qui entraine l'intervention de l'évêque et de deux abbés voisins. L'abbé de saint-Sauveur est déposé. Vacance de la fonction ?

Entre 1171 et 1188 : les bénédictins sont remplacés par des chanoines réguliers de Saint-Augustin (qui desservent des paroisses).

(Fin 12e siècle : Jean de Haute-Seille écrit le "Roman de Dolopathos").

Les abbayes de Saint-Sauveur et de Haute-Seille ont de nombreux conflits, en général perdus par Saint-Sauveur.

Vers 1250, le moine Richer de Senones écrit sa Chronique de Senones . C'est lui qui donne la date de fondation de Saint-Sauveur en 1010 ainsi que les circonstances.

Il est repris par tous les historiens qui suivront. Notamment Jean de Bayon (14e s!ècle), Jean Ruyr (Saintes Antiquités de la Vôge, 1634 Epinal), Dom Calmet (18e siècle), l'abbé Chatton (1897).

1285 : Le Tournoi de Chauvency, mis en vers par Jacques Bretex, trouvère qui commence son récit au château de Salm (en Vosges) et raconte le tournoi qui réunît toute la chevalerie du grand Est, d'Angleterre, Bourgogne, Belgique actuelle. Manuscrit enluminé conservé à Oxford (enluminures représentant Henri Ier de Blâmont à cheval, ci-dessous, Bodleian Library, Ms Douce) , Reims, Mons et Paris. Il a été mis en musique et en scène par Anne Azéma et la Boston Camérata (CD commercialisé en 2007, Conseil Régional de Lorraine).

Chauvency Henri 1er

L'un des participants, Henri Ier de Blâmont (ici à gauche sur l'image), s'est fait enterré à Saint-Sauveur, et c'est son gisant qui figure au Musée Lorrain de Nancy. Saint-Sauveur est donc le tombeau de l'un des principaux protagonistes ("héros") du tournoi de Chauvency.

 

TOMBEAU HENRI Ier carte  Musée Lorrain compactée

(Photo du Musée Lorrain)

1286 : les possessions de l'abbaye de Saint-Sauveur qui étaient essentiellement sous suzeraineté de l'évêque de Toul passent sous celle de l'évêque de Metz.La cause en est la perte d'une bataille par l'évêque de Toul Conrad Probus face aux troupes de  l'évêque de Metz Bouchard d'Avesne.St Sauveur dépend toujours de Toul au spirituel.                                                              1314 : partage de terres entre l'évêque de metz et le sire de Blâmont : l'évêque garde les forêts de la Sarre au Donon jusqu'à Saussenrupt et le sire de Blâmont reçoit la rive gauche de la Vezouze avec les bans de Bonmoûtier et de st Sauveur.

1324 : le château de Châtillon, construit par henri Ier de Blâmont, devient son alleu, pour s'opposer aux tentaives d'expansion des seigneurs de Turquestein. 

1331 : mort de Henri Ier de Blâmont. Sa femme, Cunégonde de Linange, héritière de l'illustre famille des Dabo, est décédée avant lui et représentée sur le même monument, à Saint-Sauveur.

détail visages  gisant compacté

 (Musée Lorrain)

 

 

1344 : l'évêque de Metz, Adhémar de Monteil, abandonne au Duc Raoul de Lorraine ses possessions issues du partage de 1314 : Bertrimont (= Petitmont), Cirey, St Quirin, Hattigny, Niederhoff, Bonmoûtier .

1350 :  le château de Turquestein passe au sire de Blâmont, Thiébaut, en récompense de son soutien à l'évêque de Metz.

 1470 : incendie accidentel qui détruit le monastère et fond les 7 cloches de la tour.

Reconstruction au début du 16e siècle avec le soutien financier de l'évêché de Metz de qui dépend le monastère au temporel depuis le 13e siècle. Les deux manuscrits de la fin du XVe siècle conservés à la BM de Nancy, appartenant aux chanoines de Domêvre en 1722, sont sans doute les seuls vestiges de la bibliothèque de cette époque.

 

enluminure L'Annonciation compactée

                 (Ms BM de Nancy)

 

 

 

 

Le premier est un Livre d'Heures (Notre-Dame de Pitié), l'autre un petit recueil de recettes médicinales en Latin et en Français. Tous deux écrits en lettres gothiques, le premier est orné de miniatures peintes très colorées illustrant des scènes religieuses (le roi David et sa lyre, Rêve d'Auguste, Annonciation, Nativité, fuite en Egypte sur fond de paysage "vosgien", Crucifixion...).

1525 : destruction, pillage et incendie du monastère lors de la "Guerre des Rustauds" venus semble-t-il d'Alsace et d'Allemagne : révolte paysanne politique et religieuse inspirée par la Réforme protestante. La destruction de Saint-Sauveur, comme monastère catholique et comme seigneurie féodale, serait l'une des preuves du passage des révoltés sur le versant Ouest des Vosges avant l'intervention armée du Duc Antoine de Lorraine et du Duc de Guise son frêre. Les Rustauds seront massacrés à Saverne et à Lupstein.

 

 

1559 : date figurant sur la clef de voûte centrale de l'église. Il s'agit de la dernière reconstruction, qui correspond à l'année de la majorité légale et du mariage du Duc Charles III de Lorraine à Notre-Dame de Paris avec Claude de France(Valois), fille du roi Henri II et de catherine de Médicis. Union chantée par Ronsard. Le roi Henri II meurt la même année, lors d'une joute. 

1569 : dernière destruction du monastère de Saint-Sauveur, due au passage des troupes protestantes allemandes qui rejoignaient leurs alliés en France en ravageant la Lorraine catholique semble-t-il, mais le rôle du comte de Salm  passé au protestantisme  (il était apparenté à l'amiral de Colligny par mariage) et "domicilié" à Badonviller, reste à préciser. C'est en tous cas aux Guerres de Religion qu'on doit la fin du monastère de Saint-Sauveur.

3) 1570:transfert de l'abbaye à Domêvre-sur-Vezouze, qui appartenait aux chanoines de Saint-Sauveur. Lettre patente du Duc Charles III et autorisation de Chrétienne de Danemark, sa mère (nièce de Charles Quint) dont le douaire était fixé à Blâmont. L'abbaye est désormais appelée de "Saint-Sauveur-Domêvre". Les raisons du transfert semblent davantage porter sur le coût du transport des matériaux en haut du plateau de Saint-Sauveur et éventuellement au climat, qu'à des raisons de protection militaire qu'auraient apporté les proches remparts de Blâmont, car le nouveau monastère de Domêvre n'a pas tardé à être détruit lui aussi.

1587 : destruction de l'abbaye de Domêvre (par les troupes du Duc de Bouillon ?).

*

1608 : l'abbé de Saint-Sauveur est absent dans les gravures des cérémonies de la pompe funèbre du Duc Charles III à Nancy. La plupart des autres abbés de Lorraine et Barrois y sont représentés. La raison de cette absenc reste inconnue... 

Vers 1625, Domêvre adhère à  la Congrégation de Notre Sauveur sous le patronage de  Pierre Fourier..

1638 : les archives de l'abbaye mises à l'abri des remparts de Blâmont périssent dans le siège et la chute de la ville.

1640 : seule description des ruines de Saint-Sauveur dans un registre fiscal manuscrit et relié dans une partition musicale ancienne d'écriture gothique.  Cloître au Levant, dortoire, caves, batiments agricoles...

1674 : dernière reconstruction à Domêvre et période faste sous le règne des Ducs Léopold (qui se rend à l'abbaye avec sa cour) et Stanislas.

1698 et 1748 : procès entre l'abbé de St Sauveur-Domêvre et la marquis du Châtelet puis le prince de Beauvau à propos de forêts près du Donon. Pose de 12 bornes encore visibles, portant d'un côté les initiales DC (Du Chatellet) et de l'autre les deux "S" de St Sauveur (comme sur la clef de voute du choeur) autour d'une crosse abbatiale.

1731 : fêtes somptueuses à l'abbaye de Domèvre de la béatification de Pierre Fourier, fondateur de la Congrégation de Notre Sauveur. L'abbé prétend à la juridiction quasi-épiscopale.

1746 : l'abbaye de Domèvre devient la maison cheftaine de la Congrégation et le lieu des réunions de la Congrégation  .

Suppression du monastère à la Révolution (1790). Ses biens sont vendus comme biens nationaux et deviennent privés jusqu'aujourd'hui.

 

gravure gisant palais ducal

 

1854 : don du gisant de Henri Ier de Blâmont et de Cunégonde de Linange au Musée Lorrain de Nancy, par le Maire de Saint-Sauveur, Mr Thirion.

1867 ? projet de construction du clocher contre le choeur sans nef. Photo sans clocher (à dater).

 

ABBAYE SANS CLOCHER

 

 

 

1897 : Publication de l'ouvrage de référence de l'Abbé Chatton sur l'abbaye de Saint-Sauveur (1010-1789).

 Canonisation de Pierre Fourier, chef de la congrégation de Notre Sauveur.

1914-15 : destructions dans le village mais pas de l'église. Les cloches sont volées en 1917.

 

Baptême des cloches 08101922

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1922 : bénédiction des (3) nouvelles cloches.

1947 : l'église menace ruine. Elle est fermée.

 

 

1954 : restauration de l'église dans l'état actuel.

*

1969 : célébration du quadri-centenaire du départ des moines (chanoines) à Domêvre.

 

 

célébration 400e anniversaire du départ des moines

 

 

 

 

 

 

2010 : Millénaire de la fondation de Saint-Sauveur !

15 mars : fête mariale de l'Annonciation, installation du Saint-Sacrement pour toute l'année du millénaire, cierge du jubilé 2010,  bénédiction de la nouvelle porte de l'église.

4, 5, 6 mai : visites guidées du château de Blâmont en lien avec le Millénaire de Saint-Sauveur par 200 enfants des écoles élémentaires du canton de Cirey et de Walscheid : 200 dessins d'enfants !

 29 mai : Inauguration à 11h sur la place du village décorée de bouquets de genets et de l'arbre de mai avec élus et officiels et ouverture pour 4 mois de l'exposition historique dans la salle des fêtes rénovées.

Concert inaugural, trompette et orgue, en l'église de Val-et-Châtillon (ancien Bonmoutier).

Exposition des dessins d'enfants sur le millénaire.

Pique-nique puis volée de cloches du Val pour la montée  des marcheurs à Saint-Sauveur. Montée aux flambeaux et arrivée à Saint-Sauveur avec carillon des cloches.

Concert de musique traditionnelle et folk dans l'église (cornemuses...) à la lueur des bougies. Moment magique !  

Redescente sur la place en musique et bal folk (les "Jumelles à Dédé").

30 mai : marche des bornes de l'abbaye du pied du Donon (La Charaille) à Saint-Sauveur. Arrivée vers 16h.

Messe épiscopal du Millénaire : célébrée par monseigneur Papin évêque de Nancy et de Toul dans l'ancienne abbatiale prolongée de chapiteaux avec retransmission sur écran TV exterieur.

Concert de Musaïk'harmonie sous l'auvent du village. 

19 juin : concert grégorien de la Scola metensis en l'église de Saint-Sauveur.

13 juillet : concert de chant lyrique  (opéra et operette)en l'église de Petitmont par 4 solistes de l'opéra de Nancy.

6 août : concert d'orgue en l'église de Cirey puis dîner et concert baroque dans la salle des fêtes de Cirey.

21 août : banquet médiéval à Saint-Sauveur et feu d'artifice : 1000 ans !

22 août : fête médiévale.

29 et 30 mai : colloque universitaire à Cirey, Saint-Sauveur et Blâmont par le CRULH. Sortie du numéro spécial des Annales de l'Est sur le Millénaire de Saint-Sauveur.

Concert final : 200 choristes amateurs et 40 musiciens de l'orchestre philharmonique des Vosges du Nord. En l'église de Cirey/Vezouze.   Apothéose ! 

 

 

ange millénaire compacté

(Musées nationaux)

 

 

 

 

12:50 Écrit par Eric dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

14/03/2009

Le nom de Saint-Sauveur "en Vosges"

Et d'abord, qui est ce Saint Sauveur, nous demande-t-on parfois, comme s'il s'agissait d'un simle prénom. Bien sûr, le Sauveur est le Christ lui même, c'est à dire Dieu en personne considéré comme le sauveur des Hommes ("sauveur" est sa fonction, non son nom et "Saint" marque sa nature divine). D'où le blason, imaginé à partir d'un ancien sceau de cire, représentant Dieu le Père sous l'apparence d' un pape assis sur un trône, portant la triple couronne (tiare) sur la tête, la Bible dans une main tandis que de l'autre main Il bénît au milieu d'un ciel bleu étoilé. L'abbaye était consacrée à Notre-Dame de Saint-Sauveur et certains sceaux montraient aussi une Vierge à l'Enfant.

L'intérieur de l'église contient d'ailleurs une statue de la Vierge, assez abîmée mais qui daterait du 14e siècle, représentée debout portant l'enfant Jésus,

Vierge vue de gauche compressée

 ainsi qu'un bas relief du XVe siècle représentant l'adoration des Mages devant la Vierge et l'Enfant. Toutefois, le nom du village n'a pas gardé la référence à la Vierge mais au Sauveur lui même. Les variations du nom de Saint-Sauveur à travers l'Histoire lui donnent parfois la saveur des contrées méridionales, du Massif central ou du Périgord : Saint Sauvour en Voge (1282), Saint-Salvour-en-voige (1309), Saint Salvour(1314), Saint Saulveur en Vosges (1600) ou en voge ou en vosge... Qu'on l'orthographie Vôge ou vosges (la distinction actuelle entre plaine et montagne n'avait pas cours à l'époque) l'appellation date du Moyen-Age et n'a rien à voir avec une initiative touristique moderne comme dans Saint-Dié-des-Vosges. En effet, le testament qu'on a conservé de Cunégonde de Linange, qui a demandé au début du 14e siècle à être enterrée dans l'abbaye, stipule bien : " Je eslis  ma sépulture en "l'abbaye de Saint-Saulveur con dit en vosge"(sic). D'ailleurs les Saint-Sauveur sont si nombreux en France (il y aurait une association à créer entre les Saint-Sauveurs de France et d'ailleurs, comme, par exemple, au Canada...) qu'il fallait bien spécifier duquel on parlait. La notion géographique de Vosge(s) ne semble pas avoir toujours été définie si strictement qu'aujourd'hui et il faut rappeler que la création des départements date seulement de 1790 ou 91. L'appartenance du secteur de Saint-Sauveur à la Lorraine ou à l'Alsace n'a pas du être si claire non plus : la famille ducale de lorraine descend de Gérard "d'Alsace" et l'on explique cette appellation par la possession de Bitche, en Alsace "bossue" (Moselle Est), mais l'historien Louis Schaudel rattache cette famille au château de Turquestein, proche de Saint-Sauveur ( à vol d'oiseau), où résidaient les 1ers voués (seigneurs protecteurs laïcs) de Saint-Sauveur. Ce qui nous situerait en "Alsace". La notion intermédiaire, oubliée, de Westrich (qui serait le pendant à l'Ouest de ce qu'est l'Autriche (Oestereich) à l'Est), donne un nom et une existence propre à cet "entre deux" entre Lorraine et Alsace : elle rassemble les territoires de la Lorraine germanophone (et son mode de vie, son architecture propre) élargis jusqu'à Senones, principauté "germanique" (mais non germanophone) qui en serait la pointe Sud... en incluant Saint-Sauveur au passage. La forme des blasons sculptés sur les clefs de voûte de l'église de Saint-Sauveur est d'ailleurs de style germanique et les noms des premiers chanoines connus sont pour moitié d'influence germanique aussi. Nous étions sans doute en zone culturellement intermédiaire. Des récits de voyageurs du 16e siècle confirment qu'on ne voyait apparaître la mode vestimentaire à la française qu'en sortant de Badonviller vers Nancy et pas avant. Pour finir sur ce sujet, l'auteur Erckmann-Chatrian, a rattaché Saint-Sauveur à cet univers à demi-alsacien ou "mosellan" en le citant dans son roman "L'Invasion ou le fou Yégof " parmi une succession de villages de montagne énumérés depuis Phalsbourg. Il est vrai qu'avant l'annexion(1870), Saint-Sauveur était rattaché au canton de Lorquin et à l'arrondissement de Sarrebourg actuellement en Moselle. Il faut également rappeler que la femme du Maire de Saint-Sauveur de l'époque née Chatrian était tante d'Alexandre Chatrian (l'un des deux romanciers unifiés sous un même nom de plume). Alors, Alsace, Lorraine, Vosges, Moselle ? Il suffit de regarder la carte pour voir Saint-Sauveur au point de rencontre de toutes ces entités (identités ?). Si la Meurthe-et-Moselle peut par sa forme bizarre être comparée à un canard dont la tête est à Longwy, le cou à Pont-à-Mousson, le corps à Lunéville, il est clair que Saint-Sauveur et les villages voisins sont dans la pointe de la queue du canard, qui touche au Donon, et que le plumage est vert comme les forêts des Vosges.

 

 

18:47 Écrit par Eric dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les Amis de l'abbaye de Saint-Sauveur

L'association créée début février 2009, aura pour but de concevoir, organiser et réaliser les festivités du Millénaire de St Sauveur durant toute cette année et l'année prochaine. Les préparations occuperont tout 2009. Elle compte pour le moment une quarantaine de membres dont beaucoup ne sont pas du village. Toutes les bonnes volontés sont bienvenues, d'où qu'elles viennent. Le millénaire de St Sauveur ne doit pas se limiter au seul village : l'histoire nous relie à de nombreux lieux voisins ou plus éloignés. Il faut célébrer ces liens et mettre en valeur la cohérence (largement oubliée) de ce territoire depuis de nombreuses années. Plus largement encore, une fois le millénaire passé, l'association envisage de se consacrer à la mise en valeur du patrimoine historique ou artistique du secteur, au delà du seul St Sauveur, qui ne serait qu'un point de départ. L'histoire relie St Sauveur à : Val-et-Châtillon (ancien Bonmoûtier), à Domêvre-sur-Vezouze, à Blâmont et Salm (Vosges et Vielsalm), à Turquestein, à Linange/Dabo, à Chauvency, à Pierre-Percée, Raon-les-leau, Cirey, Badonviller, Harbouey, Barbas, Burthecout-aux-chênes, Lupcourt... sans parler des Trois Abbayes de Senones, Moyenmoutier et Etival, qui formaient avec Saint-Dié et Saint-Sauveur (Bonmoûtier) la " Croix monastique des Vosges". C'est à ce titre que nous sommes en rapport avec le festival de Musique des Trois Abbayes et l'Office du Tourisme de Senones, l'école de Musique de Senones, les chorales de Walscheid, Abreschviller-St Quirin, Baccarat, Blâmont, Badonviller, Raon-l'Etape, Senones...l'université de Nancy II, le musée lorrain de Nancy, les archives de Meurthe-et-Moselle, l'Inventaire Régional du patrimoine culturel. D'autres liens sont à développer : association "Clef de voûte" du château de Blâmont, association "les veilleurs du château de Salm", etc... Si j'en ai oublié, n'hésitez pas à vous signaler !

17:34 Écrit par Eric dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |