14/03/2009

Le nom de Saint-Sauveur "en Vosges"

Et d'abord, qui est ce Saint Sauveur, nous demande-t-on parfois, comme s'il s'agissait d'un simle prénom. Bien sûr, le Sauveur est le Christ lui même, c'est à dire Dieu en personne considéré comme le sauveur des Hommes ("sauveur" est sa fonction, non son nom et "Saint" marque sa nature divine). D'où le blason, imaginé à partir d'un ancien sceau de cire, représentant Dieu le Père sous l'apparence d' un pape assis sur un trône, portant la triple couronne (tiare) sur la tête, la Bible dans une main tandis que de l'autre main Il bénît au milieu d'un ciel bleu étoilé. L'abbaye était consacrée à Notre-Dame de Saint-Sauveur et certains sceaux montraient aussi une Vierge à l'Enfant.

L'intérieur de l'église contient d'ailleurs une statue de la Vierge, assez abîmée mais qui daterait du 14e siècle, représentée debout portant l'enfant Jésus,

Vierge vue de gauche compressée

 ainsi qu'un bas relief du XVe siècle représentant l'adoration des Mages devant la Vierge et l'Enfant. Toutefois, le nom du village n'a pas gardé la référence à la Vierge mais au Sauveur lui même. Les variations du nom de Saint-Sauveur à travers l'Histoire lui donnent parfois la saveur des contrées méridionales, du Massif central ou du Périgord : Saint Sauvour en Voge (1282), Saint-Salvour-en-voige (1309), Saint Salvour(1314), Saint Saulveur en Vosges (1600) ou en voge ou en vosge... Qu'on l'orthographie Vôge ou vosges (la distinction actuelle entre plaine et montagne n'avait pas cours à l'époque) l'appellation date du Moyen-Age et n'a rien à voir avec une initiative touristique moderne comme dans Saint-Dié-des-Vosges. En effet, le testament qu'on a conservé de Cunégonde de Linange, qui a demandé au début du 14e siècle à être enterrée dans l'abbaye, stipule bien : " Je eslis  ma sépulture en "l'abbaye de Saint-Saulveur con dit en vosge"(sic). D'ailleurs les Saint-Sauveur sont si nombreux en France (il y aurait une association à créer entre les Saint-Sauveurs de France et d'ailleurs, comme, par exemple, au Canada...) qu'il fallait bien spécifier duquel on parlait. La notion géographique de Vosge(s) ne semble pas avoir toujours été définie si strictement qu'aujourd'hui et il faut rappeler que la création des départements date seulement de 1790 ou 91. L'appartenance du secteur de Saint-Sauveur à la Lorraine ou à l'Alsace n'a pas du être si claire non plus : la famille ducale de lorraine descend de Gérard "d'Alsace" et l'on explique cette appellation par la possession de Bitche, en Alsace "bossue" (Moselle Est), mais l'historien Louis Schaudel rattache cette famille au château de Turquestein, proche de Saint-Sauveur ( à vol d'oiseau), où résidaient les 1ers voués (seigneurs protecteurs laïcs) de Saint-Sauveur. Ce qui nous situerait en "Alsace". La notion intermédiaire, oubliée, de Westrich (qui serait le pendant à l'Ouest de ce qu'est l'Autriche (Oestereich) à l'Est), donne un nom et une existence propre à cet "entre deux" entre Lorraine et Alsace : elle rassemble les territoires de la Lorraine germanophone (et son mode de vie, son architecture propre) élargis jusqu'à Senones, principauté "germanique" (mais non germanophone) qui en serait la pointe Sud... en incluant Saint-Sauveur au passage. La forme des blasons sculptés sur les clefs de voûte de l'église de Saint-Sauveur est d'ailleurs de style germanique et les noms des premiers chanoines connus sont pour moitié d'influence germanique aussi. Nous étions sans doute en zone culturellement intermédiaire. Des récits de voyageurs du 16e siècle confirment qu'on ne voyait apparaître la mode vestimentaire à la française qu'en sortant de Badonviller vers Nancy et pas avant. Pour finir sur ce sujet, l'auteur Erckmann-Chatrian, a rattaché Saint-Sauveur à cet univers à demi-alsacien ou "mosellan" en le citant dans son roman "L'Invasion ou le fou Yégof " parmi une succession de villages de montagne énumérés depuis Phalsbourg. Il est vrai qu'avant l'annexion(1870), Saint-Sauveur était rattaché au canton de Lorquin et à l'arrondissement de Sarrebourg actuellement en Moselle. Il faut également rappeler que la femme du Maire de Saint-Sauveur de l'époque née Chatrian était tante d'Alexandre Chatrian (l'un des deux romanciers unifiés sous un même nom de plume). Alors, Alsace, Lorraine, Vosges, Moselle ? Il suffit de regarder la carte pour voir Saint-Sauveur au point de rencontre de toutes ces entités (identités ?). Si la Meurthe-et-Moselle peut par sa forme bizarre être comparée à un canard dont la tête est à Longwy, le cou à Pont-à-Mousson, le corps à Lunéville, il est clair que Saint-Sauveur et les villages voisins sont dans la pointe de la queue du canard, qui touche au Donon, et que le plumage est vert comme les forêts des Vosges.

 

 

18:47 Écrit par Eric dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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